Un dernier post pour la route: Sarah dort encore, et Greg, qui vient d’arriver et que je n’avais plus vu depuis une éternité, est allé se coucher. Il est parti hier à minuit de Seattle et ne peut pas dormir dans l’avion, tout comme moi. Donc j’en profite pour donner l’introduction à notre séjour dans la Silicon Valley.
Je m’imaginais difficilement la Silicon Valley avant d’y aller. Il s’y réalise des inventions incroyables et ça doit se voir un peu partout. Il doit y avoir des ordinateurs en libre accès, des gens avec des téléphones spéciaux et des gadgets électroniques, des plaquettes commémoratives un peu partout, les pavés des rues en or (ou en silicone), des rues avec des entreprises prestigieuses à la file, etc. En réalité, c’est propre. Et, surtout, il ne se passe rien: personne dans les rues, pas d’agitation, rien. Des successions de villes mortes, à l’exception des heures d’arrivée et de départ du travail, pendant lesquels un surplus de trafic apparait, et quelques quartiers qui s’agitent un peu le soir (rien comparé à San Francisco ou New York, voire même San Diego…).
Nous arrivons à San Jose, capitale de la Silicon Valley, où l’on trouve les sièges de Adobe et HP entre autres. La ville est une des dix plus grandes des Etats-Unis mais elle est très jeune: son développement rapide s’est fait grâce à l’incroyable croissance économique des entreprises du coin. Pour preuve: de tous les clubs sportifs importants de San Jose, le plus vieux existe depuis moins de vingt ans. Depuis la gare des greyhound, nous avons à marcher quelques centaines de mètres jusqu’au tramway – neuf et si propre qu’on se croirait à disneyland – pour enfin rejoindre la gare ferroviaire du CalTrain: un train qui relie San Jose à San Francisco.
La tradition du train s’est perdue aux Etats-Unis, nous avions déjà pu le remarquer lors de notre petit périple entre San Diego et Solana Beach. Pas d’horaires dans la gare ni sur les quais. Pas non plus de panneau indiquant les voies ou les destinations. Nous patientons sur le quai avant de voir arriver un train depuis le nord, donc provenant de San Francisco, la direction que nous devons prendre. Nous sommes plusieurs sur le quai et personne ne bouge. Intérieurement, c’est un peu la panique car nous ne nous sommes pas renseignés à l’avance du fonctionnement de cette ligne ferroviaire, et patientons depuis bientôt une demi-heure. Une employée surprend mon désarroi et nous indique que c’est bien le train en direction de San Francisco (San Jose est en réalité le terminus de la ligne 90% du temps) et nous y montons.
En observant une carte des lignes ferroviaires américaines, on peut remarquer que de nombreux tronçons sont isolés: par exemple, il n’y a pas de liaison entre Los Angeles et San Jose alors qu’il y a deux lignes faisant le sud et le nord de la côté ouest californienne, et qu’elles sont possédées par la même entreprise! Il n’y en a vraiment que pour la voiture et l’avion ici.
Nous décidons de l’arrêt auquel descendre selon l’intuition de Sarah. Les wagons sont composés de deux étages et plutôt bien adaptés aux personnes à mobilité réduite. Les contrôleurs sont plus sympathiques qu’au sud. Par contre, le train oscille énormément et, en comparaison, le trajet Neuchâtel-Bienne parait aussi confortable que de voyager en limousine (à condition que ce ne soit pas à New York). Dans le train, nous trouvons des prospectus dont celui des horaires, qui donne un peu de sens au fonctionnement de la ligne ferroviaire, ainsi qu’une brochure publicitaire pour les San Jose Sharks, équipe de hockey locale. Je réalise, à la vue de leur logo que j’ai porté une casquette à leur image pendant plusieurs années. C’était même ma première casquette fétiche.
Nous descendons à l’arrêt “California Avenue”, tout à fait désert: il n’y a pas de constructions, personne sur le quai et personne ne descendant du train. Nous marchons un peu jusqu’à atteindre quelques maisons et un giratoire, où il n’y a ni personnes ni voitures. Ni taxis. Ni carte de l’endroit. Après avoir tourné en rond quelques minutes (ni numéro de téléphone des taxis dans les cabines téléphoniques), Sarah prend l’initiative de demander à une femme portant un pull à l’effigie d’une université californienne dans quelle direction nous devons aller. Celle-ci l’invite chez elle (pendant que monsieur surveille les bagages dans cet environnement inconnu et ennuyeux: il n’y a pas de jeep ni de hummer, en fait tout simplement pas de voitures) et lui indique grâce à quelque outil informatique en ligne où se trouve notre destination. Nous n’avons à marcher que quelques minutes avant de pouvoir nous établir dans un superbe motel, le Coronet Motel, où le couple posté la réception semble sorti d’un film d’horreur, tant leur sourire bienveillant et partant d’une oreille à l’autre donne l’impression que derrière se cache des êtres retors et malintentionnés. Difficile de décrire cette impression sans cette image. Notre chambre est très spacieuse, avec deux lits doubles, une grande de salle de bains et un espace bar-cuisine, ainsi que deux fauteuils en cuir situés près de l’entrée. Nous y serons à nos aises pendant la semaine, parfois demeurant plus longtemps que prévu au motel plutôt que de sortie.
Après avoir déballé nos affaires, nous allons souper dans le restaurant italien de l’autre côté de la rue: le Olive Garden. Un peu affamés par notre long voyage et les repas misérables auxquels nous avons eu droit, nous décidons de commander des entrées, du vin et un plat principal. La surprise est grande lorsque le serveur nous amène des plats de tailles respectueuses en guise d’entrée, ainsi qu’un immense saladier (une salade était offerte en accompagnement pour le plat de Sarah). Puis viennent nos repas, que nous ne touchons presque pas. A ce moment nous comprenons pour quelle raison les gens croisés en train de sortir à notre arrivée avaient tous des sacs en carton avec le logo du restaurant. Ainsi, avant le café, le serveur emballe nos restes, que nous réchaufferons quelques jours plus tard (dans la cuisine de la chambre, nous avons également un frigidaire et un micro-ondes).
Retour à l’hôtel et nuit réparatrice dans un excellent lit. Mais nouvelle difficile: Sarah veut se lever à sept heures du matin le lendemain.
PS: superbe lien que m’a envoyé Jérémie: cliquer ici. Je ne pense pas qu’il y ait de commentaire à ajouter.


